08-09-2010
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ROCK DEMERS, PRODUCTEUR DE CINEMA : « Nous savons que nous venons d’Afrique il y a des millions d’années » Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
08-03-2010

xamle.net



Rock Demers, récipiendaire de quelque 200 prix et mentions de par le monde, Chevalier des Arts et des Lettres de France et Compagnon de l’Ordre du Canada, a reconnu que l’histoire du monde est parti d’Afrique il y a des millions d’années. Ce qui va entrainer de nombreuses visites en Afrique dans le futur.
Cette réalité se traduit selon lui par la richesse culturelle du continent dont le cinéma très nourrissant contribue à ses yeux au renouvellement de l’imaginaire, contrairement au cinéma américain qui n’a plus rien à apporter. Il a accordé cet entretien à Sud Quotidien vendredi passé 5 mars à l’occasion du lancement à Dakar du festival du film francophone.

Qu’est-ce qui a motivé au choix de titre de votre film « Un Cargo pour l’Afrique » ?

J’ai trouvé très intéressant et très important surtout de raconter une histoire dans un film de fiction qui parle d’un homme blanc nord américain qui a travaillé ici en Afrique pendant 20 ans. A cause d’une situation particulière dans le pays où il était, nécessitant de ramener vite les blancs au Canada, il s’est retrouvé dans son pays d’origine. Norbert n’a qu’un rêve, revenir en Afrique. Pour lui, rester au Canada, ce serait être exilé. Et il ne veut pas être exilé, il veut être dans le pays où il aime vivre et travailler, et où il aime les gens. C’est cette histoire là qu’on raconte. Il y a comme personnage secondaire dans le film un enfant d’une douzaine d’années. Ils se rencontrent un peu par hasard dans des moments difficiles, et on sent que petit à petit à cause des 48 heures qu’ils vont passer ensemble, il aura communiqué au jeune ce désir de connaître mieux l’Afrique. Et plus tard de venir lui aussi travailler ici, vivre ici. Alors c’est pour ça qu’on a intitulé le film « Un Cargo pour l’Afrique ».

Est-ce votre histoire africaine que vous relatez par là ou est-ce juste une simple fiction ?

Le film est une fiction mais il est basé sur des faits réels. On connaît des gens qui effectivement avaient vécu au Canada jusqu’à l’âge de 20 à 25 ans, et les imprévus de la vie avaient fait qu’ils s’étaient retrouvés ici en Afrique, et qui prennent racine ici, et qui doivent revenir et qui n’ont aucun désir de repartir. C’est basé sur des faits réels.

Quels sont vos rapports avec l’Afrique ?

Je connais l’Afrique à travers d’abord de son cinéma. Depuis plus de 40 ans j’ai été absolument fasciné par le cinéma africain. Mes premiers amis personnels que j’ai reçu chez moi, ce sont Djibril Diop Mambéty et Ousmane Sembène, et après Moussa Sène Absa avec qui j’ai coproduit le film « Madame Brouette ». Pour faire cette coproduction, il a fallu que des accords officiels de coproduction soient signés entre le Canada et le Sénégal. Donc, j’ai initié les démarches du côté canadien, et Moussa m’a supporté ici de sorte qu’on a pu conclure cet accord et coproduire ce film. Et j’ai trouvé extraordinaire que ce film ait pu obtenir l’Ours d’Argent au Festival de Berlin. On m’a dit que c’était peut-être la première fois qu’un Ours d’Argent était donné à un film sénégalais à Berlin. Et en tant que partenaire canadien, cela faisait aussi une quinzaine d’années qu’un Ours d’Argent n’avait pas été donné à un film canadien. Donc, ça a été un travail très valorisant de par et d’autre. Alors en quelques mots c’est un peu ça mon lien avec l’Afrique.

Quels sont les termes de cet accord de coproduction entre le Sénégal et le Canada ?

C’est un texte de trois pages à peu près qui définit l’accord de coproduction. Pour qu’un film soit retenu dans le cadre de cet accord de coproduction il faut que le réalisateur soit sénégalais ou canadien, le scénariste sénégalais ou canadien, les acteurs principaux sénégalais ou canadiens, les principaux techniciens également. Et il faut que la participation d’un des deux pays soit d’un minimum de 20 %. Même si un pays n’a que 25 %, son film a l’identité nationale. Ce qui peut lui permettre d’avoir accès aux organismes de financement des films. Quand vient le moment de distribuer ces films dans des salles de cinéma, ces films là, puisqu’ils ont la nationalité des deux pays coproducteurs, peuvent bénéficier d’aides spéciales pour la sortie dans des salles de cinéma. Voilà en quelques mots l’accord qui existe, et maintenant qu’il existe, il est là pour longtemps et d’autres réalisateurs ou producteurs sénégalais pourront en bénéficier.

Quel avenir voyez-vous pour le cinéma africain ?

Il y a tellement de créativités dans le cinéma africain que c’est évident qu’il y a un avenir. Je pense que le premier problème à régler peut-être, c’est un réseau de distribution ici même au Sénégal qui va aider les cinéastes et les films à exister, à se développer, et après cela rayonner sur l’international. Si on prend « Madame Brouette », malgré le fait qu’il n’y a pas de salles ici, il est sorti dans les salles de cinéma en France, au Canada, il a été vu à la télévision dans une trentaine de pays, il a gagné plusieurs prix dans des festivals, et même s’il a été fait en 2003, au moment même où je vous parle aujourd’hui (vendredi 5 mars 2010 : ndlr), il est présenté dans un film en Inde à Madras. Il a aussi été présenté dans un festival au Brésil, et à la fin de la projection, il y a eu une ovation qui a duré 20 minutes. Donc, quand on a des témoignages comme ça on est sûr qu’il y a un avenir pour le cinéma sénégalais.

L’inexistence de salles au Sénégal, n’est-elle pas un blocage pour la promotion de l’industrie cinématographique ?

Il n’y a aucun doute qu’il y a un blocage mais ce n’est pas un blocage de béton. Il y a de l’espoir, il y a des passerelles avec les nouvelles technologies qui se sont développés. Maintenant on peut tourner des films en haute définition. Il n’est plus nécessaire de les tourner en 35 mm, ni même de les projeté sur des pellicules de 35 mm dans des salles de cinéma. Bien des salles peuvent être équipées avec ce matériel de projection. C’est une nouvelle façon de rejoindre le public susceptible d’apprécier les films en question. Il y a aussi comme on y a fait allusion tout à l’heure tout le réseau scolaire. Plusieurs établissements ont de l’équipement de production, au moins un Dvd, et peut-être Beta Cam et Hd sans doute. Et cela permettre au cinéma d’accéder à la population et de rayonner ensuite davantage en Afrique. Je peux dire que depuis six ans, le film « Madame Brouette » circule continuellement. Il est présenté en Suède, au Zaïre, en Afrique du Sud, en Inde. Et rarement dans des salles de cinéma équipées en 35 mm. La nouvelle technologie permet aux cinéastes de faire des films de qualité avec un budget minimal.

Un mot sur la francophonie ?

Je la trouve très enrichissante. Je vous avoue que quand je me rends à quelque festival que ce soit, les premiers films que je vais aller voire sont ceux venus d’Afrique parce que je trouve que ce cinéma là renouvelle l’imaginaire du public. Les films américains même s’ils ont coûté 30 ou 50 millions ou 100 millions Dollars n’ont plus rien à apporter à l’imaginaire, tandis que les histoires qui viennent d’Afrique sont très enrichissantes et très nourrissantes. Et pour ce qui concerne la francophonie, il y a des histoires qui nous viennent de Suisse, de Belgique, de France, du Canada et de plusieurs pays francophones d’Afrique du Mali, du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire. J’en ai vu un certain nombre depuis 10, 20 à 30 ans. C’est extraordinaire, l’émerveillement et la diversité des thématiques montrées et utilisées continuent d’enrichir notre façon de vivre, notre humanité, notre qualité de se savoir un être humain. Vous savez, l’être humain a trois cerveaux. Il y a peut être 10 % de la partie du cerveau qui est en avant qui fait partie de notre conscience. Tout le reste est là dans l’inconscience qui guide nos réactions et nos mouvements. Quelque part on sait qu’il y a des millions d’années que nous venons d’ici, d’Afrique. Notre origine, c’est ici. Même si on n’en est pas conscient, on sait intuitivement que c’est là. Et cela va beaucoup se développer au cours, à mon avis, des prochaines années. Et ça va faire en sorte que vous allez voir de plus en plus de blancs qui auront envie de venir en Afrique.

Source: SUD QUOTIDIEN

 

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